Fiscalité

L'impôt chypriote de 20 % sur les plus-values que presque personne ne paie

Chypre taxe les plus-values à 20 %, mais seulement l'immobilier chypriote. Les titres sont exonérés. Ce qu'a changé 2026, et ce que vaut le non-dom.

juillet 20266 min de lecture

Demandez à un moteur de recherche ce que Chypre prélève sur les plus-values et vous obtenez un chiffre net : 20 %. Le chiffre est exact. Pour la plupart de ceux qui tapent la question, il est aussi hors sujet.

Chypre prélève bien un impôt de 20 % sur les plus-values. Il atteint les gains tirés de l'immobilier situé à Chypre, et le périmètre s'arrête là. Les plus-values sur titres sont purement et simplement exonérées. Vendez un portefeuille d'actions en tant que résident fiscal chypriote et l'impôt sur les plus-values ne le touche pas. Vendez un appartement à Limassol et il le touche, à 20 %.

La réponse exacte est donc celle-ci : 20 % sur une classe d'actifs que la plupart des investisseurs internationalement mobiles ne détiennent pas, et rien du tout sur celle qu'ils détiennent. Le malentendu n'est pas anodin. Il pousse à rayer Chypre de la liste en supposant qu'un cinquième de la sortie s'évapore, alors que la sortie envisagée est une cession de titres que Chypre ne taxe pas du tout.

La fiscalité chypriote en bref

ÉlémentSituation
Impôt sur les sociétés15 % (relevé par la réforme 2026)
Impôt sur le revenu des personnesProgressif, taux maximal de 35 %, à partir de 60 000 EUR
Tranche exonéréeLes 19 500 premiers EUR
Plus-values, immobilier chypriote20 %
Plus-values, titresExonérées
TVA19 %
Retenue à la source sur dividendes0 %, et 5 % à partir de 2026 pour les sociétés liées établies dans des juridictions imposées en dessous de 7,5 %
Retenue à la source sur intérêts0 %
Retenue à la source sur redevances10 % sur les droits utilisés à Chypre, 0 % sinon
Contribution spéciale à la défense5 % à partir de 2026, les non-doms en sont exonérés
Impôt sur la fortuneAucun
Droits de successionAucuns
Impôt foncier nationalAucun, supprimé en 2017

Les charges sur salaires ne figurent pas dans ce tableau, parce qu'elles frappent le revenu du travail et non le capital. Le salarié paie 8,8 % de cotisations sociales, plus un prélèvement de 2,65 % pour le système de santé général. L'employeur paie 8,8 % plus 2,9 %. Ces chiffres comptent pour le fondateur qui prévoit de se verser un salaire depuis sa propre société chypriote, et beaucoup moins pour qui vit de revenus de placement.

Pourquoi les 20 % tombent rarement

Deux éléments font tout le travail.

D'abord, le traitement des titres. Les plus-values sur titres sont exonérées. Pas taxées à un taux réduit, pas partiellement abritées. Exonérées. Le mot « titres » pèse lourd dans cette phrase, alors si vos avoirs sortent de l'ordinaire, vérifiez comment l'exonération s'y applique avant de bâtir un plan dessus. Pour un portefeuille classique d'actions cotées, la règle est aussi brutale qu'elle en a l'air.

Ensuite, l'étroitesse de ce qui reste. Les 20 % s'attachent aux gains tirés de l'immobilier chypriote. Tel qu'il est rédigé, cet impôt est une mesure immobilière domestique affublée d'un nom général, et c'est précisément ce nom général qui égare les gens.

Ajoutez ensuite le coût de détention. Chypre a supprimé son impôt foncier national en 2017, ne laissant que les taxes municipales. La pierre y est donc peu coûteuse à détenir et taxée à la sortie. Le dispositif est cohérent, et il a une conséquence pratique : le coût d'un bien chypriote dépend de la durée pendant laquelle vous le gardez et du prix auquel vous le revendez, pas d'une facture annuelle que vous pourriez budgéter.

Voici la part inconfortable pour les nouveaux arrivants. Le seul actif que l'impôt sur les plus-values attrape est justement celui que les argumentaires de relocalisation poussent le plus fort. Une villa achetée à l'atterrissage se trouve dans le périmètre. Le portefeuille qui l'a payée, non.

Le vrai produit, c'est le non-dom associé à la règle des 60 jours

Les plus-values, c'est la requête. Ce n'est pas la raison pour laquelle on déménage.

Le statut de non-domicilié donne une exonération de 17 ans de la contribution spéciale à la défense sur les dividendes, les intérêts et les loyers. Cette contribution est le prélèvement qui atteint autrement les revenus passifs entre des mains chypriotes, et à partir de 2026 elle s'établit à 5 %. Retirez-la pendant 17 ans et cette charge sur les dividendes, les intérêts et les loyers n'existe tout bonnement pas. Ce que coûte ensuite chaque catégorie dépend des règles d'impôt sur le revenu qui lui sont applicables, question qui relève de vos propres chiffres plutôt que d'une accroche. Dix-sept ans, c'est assez long pour mener des enfants au bout de leur scolarité et pour vendre une entreprise, ce qui reste la mesure honnête de l'utilité d'un régime.

Associez cela à la règle de résidence fiscale des 60 jours. Chypre propose une voie vers la résidence fiscale bâtie autour de 60 jours plutôt que d'une présence physique plus longue. La règle est assortie de conditions, et il faut les confronter à votre situation avant d'organiser une année entière autour d'elles. Le profil fiscal complet de Chypre rassemble les taux, les points de vigilance et les changements de la réforme au même endroit.

Mon avis. La règle des 60 jours est la ligne la plus précieuse de tout le système, plus précieuse que n'importe quel taux pris isolément. Les taux bougent au gré des budgets. Un test de résidence qui s'accommode d'une vie professionnelle décide, lui, de l'endroit où une famille peut réellement vivre.

Ce que 2026 a changé, et pas tout en votre faveur

Trois mouvements, et un seul est un cadeau.

L'impôt sur les sociétés a monté, à 15 %. Pas baissé. La réforme de 2026 l'a relevé, et la direction compte davantage que l'arithmétique. Quel que soit le chiffre sur lequel votre structure a été modélisée, le taux en vigueur est de 15 %, et un plan bâti sur l'ancien demande d'être refait, pas ajusté.

La contribution spéciale à la défense a été ramenée à 5 %. Bienvenue, et largement sans effet pour ceux qui posent le plus souvent la question, puisque les non-doms en sont exonérés d'emblée. La baisse aide les résidents domiciliés, et elle amortit la chute pour quiconque arrive au bout de la fenêtre de 17 ans. La fin du statut non-dom tient désormais moins de la falaise que de la marche.

La retenue à la source sur les dividendes a pris des dents. L'affichage reste à 0 %. À partir de 2026, les versements à des sociétés liées établies dans des juridictions imposées en dessous de 7,5 % supportent 5 %. En clair, faire remonter des dividendes d'une société chypriote vers une entité liée dans une juridiction quasi exonérée coûte désormais quelque chose. Si votre structure comporte une chaîne, chiffrez cette chaîne à nouveau.

Lus ensemble, ces changements montrent en 2026 un pays qui troque un peu d'agressivité d'affichage contre de la durabilité. Un impôt sur les sociétés à 15 %, c'est ennuyeux. L'ennuyeux survit aux contrôles, et ce sont les contrôles qui tuent les structures.

Ce qui ne figure pas dans la brochure

Chypre impose le revenu mondial. C'est un système fondé sur la résidence, pas un système territorial. Déplacez-y votre résidence fiscale et vos revenus étrangers entrent dans le champ, sous réserve des exonérations décrites plus haut. Lire « État membre de l'UE à faible fiscalité » comme « seuls les revenus locaux comptent », c'est avoir mal lu.

Chypre applique aussi des règles sur les sociétés étrangères contrôlées, si bien que garer des bénéfices dans une filiale offshore et les y laisser dormir n'est plus l'échappatoire d'autrefois. Et Chypre déclare au titre de la norme commune de déclaration, le CRS. Vos comptes sont visibles par les juridictions habilitées à les voir.

Un avantage bien réel figure parmi les signaux. Il n'y a pas d'exit tax. Quitter Chypre ne déclenche aucune imposition de départ sur les plus-values latentes, si bien que la décision de repartir ailleurs n'est pas taxée par avance. Combiné à l'absence d'impôt sur la fortune et de droits de succession, cela donne à Chypre un faible coût d'arrivée et un faible coût de départ, et c'est ce couple qui maintient un plan souple.

Verdict

Oui, Chypre a un impôt de 20 % sur les plus-values. La plupart des lecteurs de ce texte n'en paieront jamais un centime, parce qu'il atteint l'immobilier chypriote et exonère les titres. Si vous vous installez avec un portefeuille et une société, ces 20 % sont du bruit. Si vous vous installez puis achetez un bien chypriote, c'est le seul chiffre du système qui finira par vous coûter de l'argent réel, et il doit être chiffré le jour de l'achat, pas le jour de la revente.

La raison de regarder Chypre n'est pas la situation des plus-values. C'est une exonération de 17 ans de la contribution spéciale à la défense sur les dividendes, les intérêts et les loyers, accessible par une voie de résidence à 60 jours, à l'intérieur de l'Union européenne, sans impôt sur la fortune, sans droits de succession et sans exit tax.

La raison d'être prudent, c'est tout ce qui se cache dans les petits caractères : revenu mondial, règles sur les sociétés étrangères contrôlées, déclaration CRS, et un taux d'impôt sur les sociétés qui a monté au lieu de baisser.

Mon verdict. Chypre est sous-estimée par ceux qui lisent le titre sur les plus-values et s'arrêtent là, et surestimée par ceux qui croient qu'un État membre de l'UE à faible fiscalité veut dire que le reste du monde cesse de regarder. Ni les uns ni les autres n'ont lu les règles telles qu'elles existent. Faites d'abord l'arithmétique de la résidence, ensuite la structure, et traitez ces 20 % pour ce qu'ils sont, à savoir un impôt immobilier au titre trompeur.

Sources (2)
Nikolas Andreou
Rédigé par
Nikolas Andreou
Correspondant Grèce et Chypre · Athènes

Couvre les régimes grec et chypriote et les réformes de 2026 qui ont changé l'un et laissé l'autre intact.

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